© 2017 Jean-Louis Engels
 

Exposition JEAN-LOUIS ENGELS

EXPOSITION Jean-Louis  ENGELS " Amazone Circus"

plus de 30 tableaux, jusqu'au 9 novembre 2018

Galerie de L' Imagerie - 33 bis rue Arago,

31500 Toulouse (quartier Marengo - Bonnefoy)

Mardi de 10h à 20h, mercredi et jeudi de 10h à 18h. W.e.  sur rendez-vous.

 

 

Né en Belgique en 1959.

Après des études en Sciences à l’Université de Bruxelles, il se consacre à sa passion, la peinture, et  intègre l’Ecole des Arts Plastiques et Visuels d’Uccle (Bruxelles) dont il est diplômé. 

En 1991, il quitte Bruxelles pour s’installer à Toulouse et crée son école d’art (Biz’ Art) où il enseigne jusqu’à aujourd’hui.

Développant une peinture du réel  inspirée d’une tradition gestuelle pré-moderne (Hals, Manet), ses thèmes récents concernent essentiellement la figure et le portrait.

Expositions personnelles récentes 

         2018>> Galerie de L'Imagerie, Toulouse

2016-2017 >> Galerie Anne Marie Jaumaud, Narbonne

          2016 >> Espace Galerie 2 Jol , Castelnau de Montmiral, Tarn

          2012 >> Espace Galerie 2 Jol , Castelnau de Montmiral, Tarn

          2010 >> Galerie Concha de Nazelle, Toulouse 

          2010 >> Espace Galerie 2 Jol , Castelnau de Montmiral, Tarn

          2009 >> Galerie Concha de Nazelle, Toulouse

          2006 >> Salon des Arts et Antiquités, Toulouse-Labège

Extrait du texte de Jean-Philippe Escafre 

Extrait du catalogue "Engels-Escafre", galerie Concha de Nazelle 2009 

Si la peinture se cherche de nouveaux espaces d'enjeu, certains artistes pensent que l'homme, sa figure, et les problématiques de représentation du corps et de la chair, n'ont pas fini de nous interroger. Le corps est et restera sujet mais surtout espace pictural. Jean-Louis Engels est de ceux-là. La peinture du réel devient alors un acte hautement militant et engagé, à contre courant face à une pratique dominante. Mais cet engagement, cette démarcation, ce choix, n'est en aucun cas prémédité. Il est évidence. La peinture de Jean-Louis Engels cherche sans aucun doute, inconsciemment, à faire le lien entre classicisme et modernité : classicisme des références à l'histoire de l'art et aux techniques des maîtres du passé ; et modernité d'un sujet qui n'a jamais été aussi prégnant et sensible. Et de ce travail inaugural de l'intime, c'est un peu de l'universel qui est finalement questionné.

 

 

Dialogue avec Jean-Louis Engels

à l'occasion de l'exposition à Castelnau de Montmiral- Espace 2 JOL (Association “Vère les Arts” du 2 au 21 août 2016)

Pourquoi avoir choisi la figure féminine comme sujet de peinture? Quelle est la part du désir dans l'oeuvre?

A de rares exceptions près j'ai toujours considéré que le sujet était secondaire en peinture, du moins devrait-il en être ainsi pour  le spectateur. On peut peindre des objets insignifiants, les mêmes pots et bouteilles pendant quarante ans pour Morandi ou des pommes pour Cézanne et produire une oeuvre exceptionnelle aux yeux du public. Pas besoin pour cela de sujets tels que le portrait ou le nu.

J'ai cependant toujours peint la figure humaine. La figure féminine s'est imposée progressivement. On ne choisi pas vraiment, cela vient tout seul, c'est plus fort que vous.

Que la femme soit objet de fascination et de désir pour un homme est somme toute une chose très banale. La vraie question qui se pose pour moi c'est la façon de formuler ou d'exprimer ce fait sur la toile. C'est la mise en forme de ce désir par le jeu de la peinture qui est important en soi et non  le désir ou le sujet en lui-même.

J'aime cependant confondre ou associer le désir érotique  avec le désir de peinture parce que cela produit une énergie pour commencer le tableau. Une fois le travail engagé, les vrais enjeux de la peinture prennent le dessus et l'on oublie presque ce que l'on peint. Si je ne peux trouver de solution à ces enjeux picturaux dans un tableau, la dimension érotique peut alors m'apparaître comme insupportable car l'érotisme ne se suffit pas à lui-même et il devient une simple image. C'est la peinture qui doit parler avant tout.

J'aime en réalité tout ce qui est ambigu et irrationnel. L'érotisme est une force qui souvent nous dépasse  et nous domine malgré les contraintes sociales. Son évocation dans ma peinture m'est nécessaire.

 

Plusieurs titres ont une connotation religieuse : "Annonciation", "the Mount Olivet", "Madeleine repentante"; quel est le sens de cette symbolique?

A première vue on pourrait croire que ces titres qui font référence à la peinture religieuse classique  sont un peu légers, inadéquats ou provocateurs. Cela a commencé alors que je travaillais les images frontales d'un des modèles féminins de l'exposition. Il se fait que durant cette période le modèle a vécu une grossesse. L'idée des annonciations m'est alors venue. Cela collait bien avec les peintures. En y regardant de plus près, j'aimais suggérer au travers du titre l'idée du spirituel, de l'irrationnel voire du sacré. C'est en tout cas l'idée que je me fais de la peinture en général.

Ensuite, une femme qui frontalement toise le spectateur en se tenant la poitrine et que l'on nomme “Annonciation” cela change ou du moins questionne la lecture de l'image!

Or c'est exactement ce à quoi la peinture doit conduire; amener le spectateur à changer de niveau de lecture. Non pas en jetant de l'ambiguïté sur l'image mais en permettant une lecture plus profonde sur les moyens picturaux mis en oeuvre; le geste, l'écriture, la matière, le rapport entre les formes, le fond, les couleurs...Encore une fois, au-delà de l'image, c'est la peinture qui parle! C'est cette dualité qui rend la peinture figurative intéressante. Toutes les belles peintures figuratives sont aussi abstraites...

 Quant à “ Mount Olivet” ou le Mont des Oliviers,  le personnage central, un homme, qui se tient accroupi de dos, a une présence un peu christique par le halo de lumière qui l'entoure. Il est accompagné de femmes… C'est peut-être aussi cela l'Incarnation...

Le noir est prépondérant dans la palette, quel est son rapport avec les autres couleurs? 

J'ai toujours été embarrassé avec les problèmes de couleur. C'est curieux pour un peintre mais je considère la couleur plus comme une contrainte. Je préfère les enjeux de geste, de matière, de forme, etc... mais la couleur est là et je ne peux l'éviter alors je m'y confronte, laborieusement.

Il y a quelques temps, travaillant une des peintures de l'exposition (Annonciation 2), j'ai vécu une expérience fondamentale grâce au noir. Je travaillais un fond depuis des mois, presqu'un an, sans trouver la solution. J'étais d'autant plus découragé que la figure féminine fonctionnait bien et j'en étais satisfait. Mais quelque chose n'arrivait pas à se faire dans le fond. Je considérais presque la toile comme “morte” tellement le fond avait été retravaillé et les matières avaient souffert. J'ai alors eu l'idée, en désespoir de cause, de noircir le fond avec un gros pinceau. Quelle ne fût pas ma surprise de voir  ma toile reprendre vie en un éclair. J'étais stupéfait! J' entretiens depuis un rapport très privilégié avec cette couleur (il s'agit en fait d'un gris très sombre, le gris de Payne). Mais je n'en fais pas une recette et suis très attentif quand je l'utilise. Je considère maintenant le noir comme source d'espace et de profondeur mais peut-être aussi comme lieu des forces obscures, irrationnelles et de l'intuition. C'est un espace de méditation sur le mystère du monde. Il est le parfait contrepoint de la lumière qui me convient mieux que la couleur.  

 

A côté des représentations frontales de la figure féminine, il y a des mises en scène sur de grands formats et notamment des diptyques, qu'est-ce qui justifie ce choix?

Je pense que c'est avant tout une question d'espace et de fond. Qui dit espace soulève le problème du fond et inversément. Le spectateur ignore souvent l'importance du fond en peinture. Le fond est pour moi souvent la clé de la peinture, ce qui mène à la solution ou non. J'y passe souvent beaucoup plus de temps que sur la figure.

Dans les peintures de petits ou moyens formats avec une figure frontale, peindre un fond réel ne m'intéresse pas ou peu. Chez moi, tout bascule vite vers l'informel, l'abstrait. C'est comme si le réel entrait en contradiction avec la recherche d'une solution à l'espace du tableau.

Par contre, dans les peintures de grands formats, le paysage s'impose souvent. Mais ces paysages ne sont pas issus du réel. Ils sont peints entièrement de mémoire ou d'imagination. La fonction d'un arbre ou d'un massif d'arbre sera de rythmer l'espace. Le paysage me procure donc une grande liberté dans la composition de la toile. J'ai souvent recours au bois ou au sous-bois. La symbolique  rejoint celle du noir, c'est-à-dire un lieu où se cachent les forces irrationnelles et mystérieuses.

A l'inverse des petits formats où la figure est unique et isolée, les figures ou personnages se multiplient dans les grandes compositions. Ces tableaux à personnages multiples ne racontent rien et ne répondent à aucune composition établie au préalable. Tout se construit au fur et à mesure en improvisant mais cela peut-être long et éprouvant. Il n'y a pas de relation narrative entre les personnages mais uniquement des relations de forme et d'espace. Si une signification apparaît, c'est à postériori, lorsque la toile est finie ou presque. Un titre peut alors lui donner un contenu narratif.

 

Cette peinture fait référence aux classiques tout en s'inscrivant dans une époque moderne, comment peut-on la définir? 

Toutes les périodes et tous les styles m'ont toujours intéressés, de Masaccio à Bacon et Rothko.

Ma peinture trouve cependant ses racines dans une tradition gestuelle (Vélasquez, Manet) mais puise aussi aussi chez des peintres comme Schiele, Balthus ou le français Jean Rustin, mort il y a peu.

Il est beaucoup plus difficile de peindre aujourd'hui qu'au 17e siècle par exemple. A l'époque tous les peintres partageaient les mêmes codes et n'avaient pas le choix. Aujourd'hui la profusion d'images, l'éclatement des arts plastiques dans des pratiques multiples aux codes différents voire même en l'absence de codes rendent les choix difficiles. Le chemin vers ce que l'on souhaite est parfois long car il faut  expérimenter longtemps. C'est pour cette raison que les peintres aujourd'hui arrivent à maturité plus tard qu'avant. Parfois après 50 ou même 60 ans.

Il me semble que la peinture que je produis est parfois perçue comme étant en porte-à-faux par rapport à l'époque contemporaine. Certains pourraient être tentés de la considérer comme étant dépassée, académique ou même réactionnaire.

Tout cela relève d'une grande confusion dans l'époque actuelle. Les hommes contemporains pensent pouvoir s'affranchir du passé comme il le font d'ailleurs de la nature. On commence à mesurer les énormes conséquences que cela pourrait avoir sur l'avenir de l'homme et du monde.

Je pense que ceux-là même se sont coupés de leur potentiel sensible et intuitif et se raccrochent à des préjugés voire des idéologies. Au-delà de la science et de la technologie, le monde reste extrêmement complexe et mystérieux. Ce que l'on ne connaît pas fait peur. Ainsi en est-il aussi de l'avenir, c'est le mal du nouveau siècle. Pour combattre l'uniformisation du monde et de la pensée, nous avons besoin de développer la diversité dans toutes ses dimensions et par là-même la tolérance. La culture et l'art n'échappent pas à cela. 

Juillet 2016